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Revue de presse

 

Le Devoir

 

 

 

Le Devoir, 7 octobre 1997

Si, par une nuit d'angoisse... Création d'une ligne d'écoute pour personnes âgées

Par Caroline Montpetit

 

Parmi la clientèle du centre communautaire le Chez-nous de Mercier-Est, un monsieur d'un certain âge, certains soirs d'ennui, de solitude et d'angoisse, appelait une pharmacie, un dépanneur ou un garage ouvert 24 heures pour demander des informations ou des prix, en ajoutant qu'il avait l'intention de passer au magasin le lendemain. « Et si, par bonheur, l'autre répétait "Bonsoir et bonne nuit", mon monsieur se couchait rassuré car quelqu'un l'attendait. Il me disait qu'il avait comme l'impression que, si le lendemain il ne se réveillait plus, le marchand viendrait à son chevet s'informer pourquoi il n'était pas au rendez-vous. Et ce même s'il n'avait pas donné son nom », racontait hier Jean-Jacques Dupras, administrateur du centre communautaire, au lancement de la nouvelle ligne d'écoute pour personnes âgées Tel-Aînés.

 

Présentement les lignes d'écoute destinées aux personnes en détresse sont débordées. « On ne peut pas fournir à la demande, dit Anne de Guise, porte-parole de Tel-Écoute, qui vient de lancer cette nouvelle ligne. Aux dernières nouvelles, on recevait quelque 1900 appels par mois, sur lesquels 800 demeuraient non répondus et étaient réorientés vers d'autres centres d'écoute. »

 

Et la démonstration de la nécessité d'une ligne d'écoute pour personnes âgées n'est plus a faire. Des 15 000 appels auxquels répond Tel-Écoute chaque année, 15 % proviennent de personnes âgées. Mais la demande pourrait être plus grande. « Nous savons aujourd'hui qu'un nombre beaucoup plus important serait en état de fragilité émotive ponctuelle ou chronique et aurait grand besoin d'exprimer leurs émotions face aux différentes réalités de la vieillesse et de l'existence »,

ajoutait hier Mme de Guise. Car selon les données de 1995, de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre, si 60 % des personnes âgées demeurent actives, entourées d'amis et relativement en santé, 40 % vivent sous le seuil de la pauvreté, 32 % vivent seules et 20 % vivent sans amis ou confidents.

 

À Tel-Aînés, les quelque 110 bénévoles répondants aux appels promettent d'être capables de les écouter parler de leurs maladies ou de celles d'un être cher, de la mort ou de celle d'un être cher, du vieillissement et de la perte d'autonomie, de leur sexualité ou de leur isolement social et affectif, de souvenirs non exprimés… etc. À l'heure actuelle, le plus gros groupe ayant recours à Tel-Écoute a entre 35 et 50 ans, quoique le groupe s'adresse autant aux adolescents qu'aux vieillards, 53 % des personnes ayant recours à la ligne téléphonique sont des femmes.

 

La moitié de la clientèle qui a recours aux lignes téléphoniques le fait présentement de façon chronique. Tel-Écoute demande à ses abonnés de se restreindre à deux appels par jour, de dix à quinze minutes chacun, avec un minimum de cinq heures d'écart entre les deux. « Nous sommes le dernier recours de plusieurs personnes », ajoute Mme de Guise.

 

Les anciens patients des hôpitaux psychiatriques, touchés par la désinstitutionnalisation, forment également une clientèle croissante des lignes d'écoute téléphonique. « Ce sont des gens qui peuvent avoir vécu à l'hôpital psychiatrique durant plus de 20 ans, ils n'ont jamais appris à se bâtir un réseau d'amis, en dehors de leur psychiatre, qu'ils voient une fois par semaine ou une fois par deux semaines », dit-elle.

 

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