Revue de presse

Le Flambeau de l'Est, 11 janvier 2000
En écoutant les gens en détresse
Les bénévoles de Tel-Écoute et de Tel-Aînés perçoivent la vie différemment
Par Hélène Blais

Depuis maintenant neuf ans, les citoyens de l’Est de Montréal qui traversent une période difficile peuvent compter sur le soutien des bénévoles du service d’écoute téléphonique Tel-Écoute. Ainsi, depuis deux ans, les aînés ont également la possibilité de se confier à quelqu’un grâce au service Tel-Aînés, la seule ligne d’écoute téléphonique pour personnes âgées au Québec.

Situés dans Mercier-Est, près du métro Honoré-Beaugrand, ces deux services sont assurés par la présence constante de plus de 80 bénévoles écoutants. D’ailleurs, les services Tel-Écoute et Tel-Aînés sont offerts gratuitement à la population, et ce, 365 jours par année, 12 heures par jour et sept jours par semaine.

Ces bénévoles peuvent d’ailleurs répondre à de nombreux besoins ressentis par les appelants, qu’il s’agisse de deuil, divorce, problèmes récurrents de santé mentale, abus, inceste, handicap physique, maladie grave, perte d’emploi, peine d’amour, violence, projets suicidaires, etc. Du coté de Tel-Aînés, qui s’adresse surtout aux personnes âgées de 60 ans et plus et à leur proches, les bénévoles peuvent avoir à traiter de deuil également, de l’éloignement des enfants et des petits enfants, des problèmes de santé mentale et physique, de l’abus de pouvoir et de la violence des proches ou des parents, de maladie grave, de souvenirs douloureux, etc.

Il importe cependant de démystifier le rôle des écoutants bénévoles et aussi de rappeler aux gens qui ressentiraient le besoin de parler à un bénévole qu’il n’est pas nécessaire de connaître une difficulté énorme pour appeler Tel-Écoute ou Tel-Aînés. « Les gens ont tendance à croire qu’ils doivent avoir un problème énorme pour pouvoir nous appeler. En réalité, n’importe qui qui ressent le besoin de se confier, peu importe la nature de sa détresse ou de son problème peut nous appeler et nous allons écouter », expliquent les écoutants bénévoles Lise B., Doris D. et André M., qui désirent préserver leur anonymat.

Évidemment, le rôle d’écoutant bénévole n’est pas toujours évident et requiert un désir profond d’aider, de l’empathie et surtout, de l’ouverture d’esprit. « Les gens qui entrent en contact avec nous et qui désirent s'impliquer au sein de Tel-Écoute et de Tel-Aînés doivent passer une entrevue. Une fois qu’ils sont acceptés, ils reçoivent une formation complète en écoute active, en gérontologie et en intervention de crise suicidaire. En tout et partout, cela représente 30 heures de théorie et 12 heures de pratique. Par la suite, ils ne sont pas laissés à eux-mêmes et ils reçoivent une formation continue », précise Pierrette Guérard, coordonnatrice de l’écoute et de la formation.

Une expérience très enrichissante

Depuis sa fondation en 1991, le service Tel-Écoute a formé plus de 400 bénévoles et a reçu près de 100 000 appels de détresse. D’ailleurs, 50 p. cent des bénévoles impliqués avec l’organisme proviennent de Mercier-Est et des environs.

Avant de devenir écoutants bénévoles pour l’organisme, Lise B., Doris D. et André M. se sont d’abord et avant tout demandé quelle serait la forme de bénévolat qui pourrait le mieux répondre à leurs aspirations. Pour eux, l’écoute active à été la réponse évidente à cette question. « À Tel-Écoute et Tel-Aînés, nous avons l’impression de faire du bien, d’avoir rendu service aux gens qui nous ont appelés », confie André M. « Il y a beaucoup de détresse et de souffrance ressentie par les appelants. Toutefois, en les écoutant, cela me pousse à m’écouter moi-même, à être à l’écoute de ce que je ressens », constate Lise B. Pour Doris D., l’écoute active représente une nourriture. « Pouvoir écouter les gens qui nous appellent, c'est une richesse pour moi, ca me fait grandir et ca me nourrit », estime-t-elle.

Cette expérience enrichissante vécue par les bénévoles de l’organisme les rend sensibles à ce qui se passe autour d’eux et change complètement leur perception de la vie. Ils affirment qu’ils s’attachent aux appelants et que ceux-ci sont très reconnaissants. « En même temps, nous apprenons à ne pas s’accaparer du problème vécu par l’appelant. En d’autres mots, nous ne portons pas le monde sur nos épaules », confient les bénévoles. D’ailleurs, pour eux, l’organisme est une grande famille dans laquelle ils vivent. « Ce qui motive les bénévoles, c’est la valorisation ressentie après une journée de travail. Je trouve ça beau de voir cela. Bien sur, nous recevons une formation en venant ici, mais c’est un cadeau que l’on se fait », soutient Claire Filtaut, qui œuvre à Tel-Écoute depuis cinq ans et qui agit maintenant à titre de responsable des formations et des fêtes sociales.

Percevant maintenant ce qui se cache en arrière des mots, les bénévoles tentent toujours de faire réaliser aux appelants qu’ils possèdent déjà  tous les éléments en main pour voir la lumière au bout du tunnel. Se sentant à la fois très privilégiés, ils se sentent également comme une espèce de remède face surtout aux psychiatrisés qui appellent. « Les psychiatres eux-mêmes suggèrent à leurs patients de nous passer un coup de fil. Nous nous sentons comme un remède puisqu’au lieu de recevoir une dose de Prozak, les patients ont droit à une écoute préventive », constate André M.

Bientôt, soit les 22 et 23 janvier, ainsi que les 5 et 6 février, le service Tel-Écoute et Tel-Aînés tiendra des sessions de formation pour les gens qui seraient intéressés à devenir écoutants bénévoles. Les gens qui désirent s’impliquer n’ont évidemment pas besoin de diplôme spécialisé dans quelque domaine que ce soit ; ils n’ont besoin que d’un désir profond d’aider et d’ouverture d’esprit. « Avec l’arrivée de l’an 2000, c’est le temps idéal pour un nouveau départ. Je fais donc appel aux gens pour qu’ils se lancent un nouveau défi et qu’ils viennent s’impliquer en tant que bénévoles », conclut Lise B. Et, comme le mentionne le slogan de l’organisme, souvent, il suffit d’écouter... (sic)

Pour les gens qui voudraient devenir écoutants bénévoles, il suffit de composer le 493-4445. Quant aux services Tel-Écoute et Tel-Aînés, les numéros sont les suivants : 493-4484 et 353-2463.

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